Tu connais cette sensation quand tu commences un livre en sachant que tu vas souffrir, que chaque page va t'arracher un bout de cœur, mais que tu es incapable de t'arrêter ? Saving 6 de Chloe Walsh, c'est exactement ça. C'est le genre de roman qui te prend en otage emotionnellement et qui refuse de te liberer, même des jours après l'avoir termine. J'avais déjà traverse les montagnes russes de Binding 13 et Keeping 13, mais rien ne m'avait preparee à l'intensité de ce troisième volet de la série Boys of Tommen. Ici, on quitte le terrain de rugby et les couloirs du lycee pour plonger dans quelque chose de beaucoup plus sombre, beaucoup plus visceral. L'histoire de Joey Lynch m'a laissee complètement videe, bouleversee et profondement marquee. Si tu es prete a entrer dans les tenebres d'une relation toxique et d'une addiction dévastatrice, installe-toi, on va en parler longuement.
De quoi ça parle
Saving 6 nous propulse dans la vie de Joey Lynch, le frère de Shannon qu'on avait entrevu dans les tomes precedents. Si tu te souviens de lui, tu sais déjà que Joey est un personnage habite par la colère, forge par la violence de son père et par un environnement familial toxique qui l'a pousse dans ses derniers retranchements. Ce tome lui est entièrement consacre, et crois-moi, ce qu'on decouvre de son monde intérieur est aussi fascinant que douloureux.
Joey se bat contre une addiction aux drogues qui menace de le consumer entièrement. A seulement dix-sept ans, il porte sur ses épaules le poids d'une famille dysfonctionnelle, la responsabilite de protéger ses frères et sœurs, et une rage intérieure qu'il ne sait canaliser que par la violence ou l'autodestruction. C'est dans ce chaos que se trouve Aoife Molloy, sa petite amie, une jeune fille qui l'aime avec une ferveur desesperee mais qui se noie elle aussi dans ses propres batailles personnelles. Leur relation est le cœur battant et saignant de ce roman.
Chloe Walsh situe son récit dans cette Irlande qu'elle decrit si bien, entre les rues grises de Ballylaggin, les fêtes qui degenerent et les bagarres qui eclatent comme des orages. L'ambiance est etouffante, presque claustrophobique. On sent le désespoir suinter de chaque scène, la façon dont l'environnement ecrase ces adolescents qui n'ont pas demande a naître dans ces circonstances. Walsh nous emmene chez Biddies, dans ces moments ou Joey et Aoife essaient de se parler, de se comprendre, de se sauver l'un l'autre alors qu'ils coulent tous les deux. Le décor n'est pas juste un cadre, c'est un personnage a part entière qui pese sur le récit avec une force oppressante.
L'intrigue ne suit pas un arc narratif classique avec des rebondissements spectaculaires. Elle avance au rythme des rechutes de Joey, des disputes entre les amants, des moments de grâce fugaces qui s'effondrent aussi vite qu'ils apparaissent. On passe des soirées qui deraillent aux matins ou Joey jure que cette fois c'est la dernière, et tu veux tellement y croire avec lui que ça te fait mal quand la promesse se brise. C'est un roman qui refuse les raccourcis émotionnels et qui te demande de rester dans l'inconfort, dans l'incertitude, dans cette zone grise ou l'amour et la destruction sont inextricablement lies. Et c'est précisément ce qui le rend si puissant.
Les personnages
Joey Lynch est un personnage qu'on ne peut pas aimer simplement. Il est brutal, autodestructeur, impulsif, parfois cruel avec les personnes qui tiennent le plus a lui. Mais Walsh reussit un tour de force en nous faisant comprendre pourquoi il est ainsi sans jamais excuser ses comportements. On voit à travers ses yeux la terreur constante de devenir son père, la honte de sa dependance, la rage impuissante face à un système qui ne l'à jamais protege. Quand il dit "I'm not a hero, I just did what anyone would do", on entend toute la douleur d'un garçon qui refuse de se voir autrement que comme un cas desespere. Joey est un anti-héros dans le sens le plus brut du terme, et c'est justement ce refus de le rendre aimable facilement qui le rend inoubliable. Il te met en colère, il te fait pleurer, il te donne envie de le secouer, et la seconde d'après tu veux juste le prendre dans tes bras.
Aoife Molloy est l'autre face de cette piece sombre. Elle aime Joey avec une intensité qui confine à l'obsession, et Walsh ne nous epargne pas les consequences de cet amour. Aoife sait que Joey lui fait du mal, elle sait que cette relation la consume, mais elle est incapable de partir. Quand elle confie que Joey était comme une drogue qu'elle ne pouvait pas arrêter, ce n'est pas une metaphore romantique. C'est un constat brutal et lucide sur la nature de leur attachement. Aoife n'est pas un personnage faible pour autant. Elle se bat, elle confronte Joey, elle exige des comptes. Mais elle est prise dans un cycle dont elle ne possede pas seule la cle de sortie. Leur dynamique est d'une toxicite assumee qui ne cherche jamais a se deguiser en amour de conte de fees, et c'est ce qui la rend si credible et si déchirante.
Ce qu'on a aimé
La plume de Chloe Walsh atteint dans Saving 6 un niveau d'intensité émotionnelle qu'elle n'avait pas encore explore à ce point dans les tomes precedents. Elle ecrit la douleur comme personne, avec des phrases qui te frappent au ventre et qui restent gravees longtemps après la lecture. Sa façon de decrire l'addiction de Joey est d'une justesse terrifiante. Elle ne romantise jamais la drogue, elle ne la presente jamais comme quelque chose de glamour ou de rebelle. Elle montre les mains qui tremblent, les promesses brisees, les regards fuyants, la honte qui ronge de l'intérieur. Les efforts de Joey pour rester sobre malgre sa dependance sont decrits avec une sincérité qui te retourne les entrailles. On sent que Walsh a fait ses recherches, qu'elle respecte la réalité de l'addiction et de ceux qui la subissent. Cette authenticite est le pilier sur lequel repose tout le roman.
La tension entre Joey et Aoife est un autre point fort absolument remarquable. Contrairement au slow burn classique de Binding 13, ici la tension est d'une autre nature. Ce n'est pas l'attente délicieuse de deux personnes qui se tournent autour. C'est la tension d'une bombe a retardement. Chaque scène entre eux pourrait basculer dans la tendresse la plus pure ou dans la destruction la plus totale, et tu ne sais jamais laquelle des deux l'emportera. Cette imprevisibilite rend la lecture addictive au sens propre. Tu tournes les pages avec un melange de fascination et d'apprehension, parce que Walsh à ce talent diabolique de te faire esperer le meilleur tout en te preparant au pire. La scène chez Biddies, quand ils essaient de discuter de leur relation avec une vulnérabilité qui les terrifie tous les deux, est l'une des plus belles et des plus cruelles que j'aie lues cette année.
Et puis il y a la façon dont Walsh traite la rédemption, ou plutôt la question de la rédemption. Saving 6 ne propose pas de guerison miraculeuse, pas de moment où tout s'eclaire et ou les problèmes disparaissent grâce à la force de l'amour. Le parcours de Joey est fait de tentatives, d'échecs, de rechutes et de tout petits pas en avant qui n'effacent jamais complètement les dix pas en arriere. C'est cette honnête qui distingue ce roman de tant d'autres dark romances qui resolvent magiquement les traumatismes en deux chapitres. Walsh refuse la facilité et respecte suffisamment ses lecteurs pour leur offrir une histoire qui ressemble à la vraie vie, dans toute sa complexité douloureuse.
Le spice level
Parlons des choses serieuses. Saving 6 merite pleinement son 4 sur 5 sur l'échelle du spice. Les scènes intimes entre Joey et Aoife sont chargees d'une electricite brute qui te coupe le souffle. Ce n'est pas du spice leger et romantique. C'est du spice qui brule, qui porte en lui toute la tension accumulee, toute la frustration, tout le désespoir et tout le désir de ces deux personnages qui se cherchent autant qu'ils se repoussent. Walsh ecrit la passion physique avec la même intensité qu'elle met dans les scènes émotionnelles, sans aucun filtre et sans pudeur mal placee.
L'ambiance de ces moments intimes oscille entre la brutalité et la tendresse, parfois dans la même scène. Il y a du désir qui explose, de la colère qui se transforme en quelque chose d'autre, des etreintes qui ressemblent autant à un combat qu'à une déclaration d'amour. Si tu cherches du spice qui te remue autant les tripes que le reste du corps, qui te laisse à la fois essoufflee et emue, Saving 6 delivre exactement cette promesse. C'est brûlant, c'est intense, et c'est indissociable de l'histoire qui le porte.
Le petit bémol
Soyons honnête, la rédemption de Joey manque parfois de profondeur. Walsh construit un personnage tellement complexe et tellement abime qu'on attend une évolution intérieure à la hauteur de ce qu'elle a installe. Or certains tournants dans le parcours de Joey arrivent un peu vite, comme si le roman manquait de quelques dizaines de pages pour vraiment creuser les etapes de sa guerison. On aurait aime voir davantage ses réflexions internes, ses prises de conscience progressives, plutôt que certains sauts narratifs qui donnent l'impression de bruleries les etapes. C'est frustrant justement parce que tout le reste est si minutieusement construit. Ce desequilibre entre la profondeur de la chute et celle de la remontee est le seul véritable reproche que je ferais à ce roman par ailleurs remarquable.
Verdict final
Saving 6 est un roman que je recommande sans hesitation a toutes celles qui aiment la dark romance avec un vrai fond, celle qui ne se contente pas de cocher des cases de tropes mais qui plonge dans les entrailles de ses personnages pour en extraire quelque chose de vrai. Si tu as aime les tomes precedents de Boys of Tommen, ce livre va te bouleverser d'une manière nouvelle. C'est la lecture parfaite pour un week-end ou tu veux t'enfermer chez toi et tout ressentir. Prevois un plaid, du the, et des mouchoirs. Si tu es sensible aux thèmes de l'addiction et des relations toxiques, sache que Walsh les traite de manière crue et réaliste. Ce n'est pas une lecture légère, mais c'est une lecture qui en vaut chaque larme.
Si tu as aimé, tu vas adorer
Si Saving 6 t'a retournee, tu dois absolument lire Redeeming 6, le tome suivant de la série Boys of Tommen, qui poursuit directement cette histoire et pousse encore plus loin l'arc de Joey et Aoife. Tu ne pourras pas t'en empecher. Dans un registre similaire, je te recommande The Perks of Being a Wallflower de Stephen Chbosky, qui explore les tourments de l'adolescence avec la même sincérité brute et cette capacité a te faire sentir chaque émotion comme si c'était la tienne. Et si c'est le cote relation toxique et rédemption qui t'a captivee, Eleanor and Park de Rainbow Rowell t'offrira une histoire d'amour adolescente tout aussi intense et fragile, ou deux âmes abimees tentent de se trouver dans un monde qui fait tout pour les séparer. Trois lectures qui, comme Saving 6, refusent les happy endings faciles et te laisseront changee une fois la dernière page tournee. Prepare-toi a ne pas dormir.