Tu t'es déjà demande ce que ça ferait de te reveiller sur une planete inconnue, glaciale, hostile, entouree de creatures bleues de deux metres de haut avec des cornes et une queue ? Non ? Eh bien Ruby Dixon, elle, a imagine ce scenario complètement dingue et elle en a fait l'une des sagas de romance les plus addictives de ces dernières années. Ice Planet Barbarians, c'est le genre de livre que tu commences en te disant que le concept est totalement absurde, et que tu termines a trois heures du matin en cherchant frenetiquement le tome suivant. Je ne m'attendais absolument pas a tomber aussi fort pour cette histoire quand je l'ai ouverte. Une romance alien sur une planete de glace, sérieusement ? Et pourtant, me voilà, incapable de passer a autre chose sans t'en parler. Parce que derrière la premisse loufoque se cache une histoire etonnamment touchante, drôle, et oui, un peu epicee.
De quoi ça parle
Georgie Carruthers à une vie normale. Enfin, elle avait une vie normale. Jusqu'au jour où elle se reveille dans le noir complet, enfermee dans ce qui ressemble à une cale de vaisseau spatial, entouree d'autres femmes tout aussi terrifiees et desorientees qu'elle. Des aliens les ont enlevees. Pas le genre de petits hommes verts rigolos des films du dimanche soir. Non, des aliens froids, indifferents, qui les traitent comme de la marchandise. Georgie comprend vite qu'elle et ses compagnes d'infortune sont des captives destinees a être vendues ou echangees. La situation est desesperee, et la peur est omnipresente. Cette première partie du roman est glaciale au sens propre comme au figure, et Ruby Dixon n'edulcore rien de la terreur que vivent ces femmes. "Je suis reveillee. Reveillee, mais pas sure d'ou je me trouve." Ce sont les premiers mots de Georgie, et ils donnent le ton d'une histoire qui demarre dans l'angoisse la plus totale.
Mais les choses prennent un tournant inattendu quand le vaisseau s'ecrase sur une planete inconnue, un monde recouvert de glace et de neige a perte de vue, battu par des vents polaires, peuple de creatures aussi dangereuses que fascinantes. Les femmes humaines se retrouvent livrees a elles-mêmes dans cet environnement hostile, sans ressources, sans repères, sans le moindre espoir de rentrer chez elles. C'est la que Vektal entre en scène. Chef d'une tribu de grands extraterrestres bleus à la peau épaisse, aux cornes imposantes et à la queue prehensile, Vektal est immédiatement intrigue par ces creatures fragiles tombees du ciel. Et quand il pose les yeux sur Georgie, quelque chose se passe en lui. Son khui, cette espece de symbiote loge dans sa poitrine, se met a ronronner. Le signe, chez son peuple, qu'il a trouve sa compagne.
Le decalage culturel entre les humaines et les barbares de la glace est au cœur du roman. D'un cote, des femmes du vingt-et-unieme siecle, traumatisees par leur enlevement, qui essaient de comprendre les règles de ce nouveau monde. De l'autre, une tribu qui vit selon des codes ancestraux, qui chasse pour survivre, qui considere le ronronnement du khui comme une loi sacree. L'enjeu depasse la simple survie. Il s'agit de trouver sa place dans un univers qui n'a rien demande, de faire confiance à des etres radicalement différents, et de laisser naître quelque chose d'inattendu dans les circonstances les plus improbables.
Les personnages
Georgie est une héroïne que tu ne peux pas ne pas aimer. Elle est courageuse sans être invincible, drôle sans être superficielle, vulnerable sans être passive. C'est elle qui prend les choses en main quand les autres femmes sont paralysees par la peur. C'est elle qui decide de sortir du vaisseau ecrase pour chercher de l'aide, alors qu'elle ignore totalement ce qui l'attend dehors. Elle a ce melange de détermination et d'autoderision qui la rend profondement attachante. Face à une situation qui ferait craquer n'importe qui, Georgie garde la tête froide tout en lachant des remarques interieures hilarantes sur l'absurdite de sa situation. Elle ne se laisse pas non plus impressionner par Vektal, malgre ses deux metres de muscles bleus et ses grognements protecteurs. Elle le remet en place, negocie, impose ses conditions. C'est une héroïne moderne dans un cadre qui ne l'est pas du tout, et ce contraste fonctionne a merveille.
Vektal, de son cote, est un love interest comme on en voit rarement. Oublie le bad boy torture ou le milliardaire arrogant. Vektal est un chef tribal qui prend soin de son peuple, qui respecte la force sous toutes ses formes, et qui tombe amoureux avec une sincérité désarmante. Il ne comprend pas tout de Georgie, sa langue, ses réactions, ses habitudes, mais il fait l'effort. Il la protege sans la dominer, il la desire sans la brusquer. Sa maladresse dans les interactions avec les humaines est souvent hilarante, et pourtant il degage une tendresse inattendue. La scène ou il offre a Georgie de la nourriture pour la première fois est un petit bijou de decalage culturel. "Il retire une autre patte du rat glabre, qui ressemble à une baguette. Il me la tend directement." Difficile de ne pas sourire devant cette tentative de séduction interespeces par l'estomac.
La dynamique entre ces deux-la est ce qui porte tout le roman. Ils ne parlent pas la même langue, litteralement, et pourtant ils trouvent des moyens de communiquer, de se comprendre, de se faire confiance. Leur relation se construit sur des gestes plus que sur des mots, sur des preuves plutôt que sur des promesses, et c'est ce qui la rend si convaincante.
Ce qu'on a aimé
Le premier point fort, et celui qui surprend le plus, c'est l'humour. Ruby Dixon à un sens du comique de situation absolument redoutable. Le decalage entre la normalite humaine et les coutumes des barbares de la glace produit des scènes d'une drolerie irrésistible. Georgie qui essaie d'expliquer le concept de vetements a Vektal, les femmes humaines qui decouvrent les habitudes alimentaires de la tribu, les quiproquos lies à la barriere linguistique, tout cela est traite avec une légèreté qui empeche le roman de sombrer dans le glauque malgre la premisse sombre de l'enlevement. On rit souvent, et ce rire ne diminue jamais la gravite de la situation. Il la rend supportable, humaine, vraie. C'est un équilibre délicat que Ruby Dixon maîtrise parfaitement.
Le deuxième point fort, c'est les scènes marquantes qui ponctuent le récit et qui restent longtemps en tête. Le reveil de Georgie dans la penombre du vaisseau, entouree d'autres femmes terrifiees, est un début saisissant qui pose l'atmosphère sans un mot de trop. Mais c'est la scène du premier repas partage entre les femmes humaines qui m'à le plus touchee. Ce moment où elles se retrouvent ensemble, brisees mais debout, pour discuter de leur situation avec un melange de peur et de combativite, c'est le cœur battant du roman. Et puis il y a l'apparition du sa-kohtsk, cette creature geante que les barbares doivent chasser pour obtenir les fameux khuis. Cette sequence de chasse est un vrai morceau de bravoure narratif, tendu, spectaculaire, qui te rappelle que cette planete ne fait aucun cadeau et que la survie se merite.
Le troisième point fort, c'est la construction du monde. On est sur une planete de glace avec deux soleils, des creatures jamais vues, une faune et une flore hostiles, et une tribu aux coutumes fascinantes. Ruby Dixon prend le temps de poser son univers, de lui donner de la coherence, de le rendre tangible. On sent le froid mordant, on entend le vent hurler, on imagine la lueur bleutee des grottes ou vit la tribu. Ce n'est pas juste un décor, c'est un personnage a part entière qui influence chaque décision, chaque interaction, chaque moment de l'histoire. "Parce que tu es vierge, ce qui n'est pas le cas de tes sœurs. Tâche de le demeurer jusqu'au mariage." Cette réplique de Deimos, replacee dans le contexte d'une civilisation alien aux moeurs très codifiees, montre à quel point chaque détail de ce monde a ete pense.
Le spice level
On est sur un 2 sur 5, et c'est un spice qui correspond parfaitement au rythme de cette histoire. Ne t'attends pas à des scènes torrides des le premier quart du livre. Ruby Dixon prend son temps, et c'est justement ce qui rend le tout efficace. La tension monte progressivement entre Georgie et Vektal, alimentee par les regards, les frolements, les gestes de protection qui se transforment peu a peu en gestes de désir. Quand les scènes intimes arrivent enfin, elles sont chargees de toute cette attente accumulee. L'ambiance est douce et curieuse plutôt que brûlante et dominatrice. On est dans la découverte mutuelle, dans l'emerveillement, dans cette tendresse maladroite entre deux etres que tout separe et qui pourtant s'emboitent. Le ronronnement du khui ajoute une dimension sensorielle inedite à ces scènes, un truc qu'on ne trouve nulle part ailleurs. C'est original, c'est touchant, et ça colle parfaitement au ton du roman. Si tu cherches du slow burn doux avec une touche d'exotisme, tu es au bon endroit.
Le petit bémol
Mon seul reproche, et c'est celui que j'entends le plus souvent chez les lectrices qui ont decouvert ce premier tome, c'est le world-building qui aurait merite d'être pousse plus loin. Ruby Dixon pose les bases d'un univers fascinant, la planete, la tribu, les khuis, les creatures, mais certains aspects restent en surface. On aimerait en savoir plus sur l'histoire de cette civilisation, sur leurs croyances, sur ce qui s'est passe avant l'arrivée des humaines. Les règles du khui sont expliquees de manière assez sommaire, et certaines mecaniques de l'univers sont acceptees sans être vraiment approfondies. C'est frustrant parce que le potentiel est immense, et on sent que Ruby Dixon a encore beaucoup a raconter. Heureusement, la saga compte de nombreux tomes, et on peut esperer que ces lacunes se comblent au fil des volumes.
Verdict final
Ma note de 4 sur 5 resume bien mon ressenti. Ice Planet Barbarians est une lecture addictive, drôle, surprenante et attachante qui merite amplement sa réputation. J'ai adore découvrir la vie sur cette autre planete, les dialogues sont hilarants, et la romance entre Georgie et Vektal est douce comme une couverture de fourrure alien un soir de tempête de neige. Si tu aimes l'humour dans tes romances, si tu cherches quelque chose de différent qui sort des sentiers battus, si tu as envie d'une histoire d'amour hors du commun portee par des personnages attachants, fonce sans hesiter. C'est le livre parfait pour une soirée ou tu as envie de t'evader complètement, de rire, de fondre un peu, et de te retrouver a commander le tome 2 avant même d'avoir referme celui-ci. Installe-toi confortablement, prevois un plaid bien chaud en hommage à cette planete glaciale, et laisse-toi embarquer.
Si tu as aimé, tu vas adorer
Si Ice Planet Barbarians t'a conquise, tu dois absolument te plonger dans A Court of Thorns and Roses de Sarah J. Maas. On retrouve cette même dynamique de romance interespeces avec un héros non humain fascinant, un univers riche a explorer, et une montée en puissance du spice level au fil des tomes qui va te rendre accro. C'est le même genre de saga qu'on commence en se disant que c'est juste pour voir et qu'on finit par dévorer compulsivement. Dans un registre plus science-fiction, The Host de Stephenie Meyer partage avec Ice Planet Barbarians ce thème de la cohabitation entre humains et etres d'ailleurs, cette exploration de ce qui nous rend fondamentalement humains même face à l'alien et à l'inconnu. L'ambiance est plus introspective, moins drôle, mais tout aussi prenante. Et si c'est le trope de l'enlevement sur une planete étrangère qui t'a accrochee, tente Captive Prince de C.S. Pacat, qui joue avec les codes de la captivite et de la soumission dans un univers fantasy avec une tension absolument électrique entre les deux protagonistes.