Tu sais ce que c'est, ce moment exact ou tu ouvres un roman et tu sens que quelque chose va se passer ? Pas un truc mignon, pas juste une petite histoire sympa. Non. Quelque chose qui va te retourner le ventre et te faire sourire comme une idiote devant ton telephone a trois heures du matin. Amour feroce d'Elsie Silver m'a fait exactement cet effet-la. Je l'ai commence un dimanche soir en me disant que j'allais lire deux ou trois chapitres, et je l'ai termine au milieu de la nuit, les yeux rouges et le cœur en vrac. Ce n'est pas le livre le plus parfait que j'aie jamais lu, je te le dis tout de suite. Mais il a ce truc, cette magie un peu brute, qui fait qu'on ne peut tout simplement pas le lâcher. Petit village, grand désir... cette romance est une pure pepite. Laisse-moi t'expliquer pourquoi.
De quoi ça parle
L'histoire se deroule a Chestnut Springs, un bled perdu quelque part dans les plaines canadiennes. Le genre d'endroit où tout le monde se connaît depuis la maternelle, ou les ragots voyagent plus vite que le vent et ou les pick-up trucks poussiereux sont plus nombreux que les habitants. C'est le territoire des cowboys, des rodeos du samedi soir et des nuits etoilees qui n'en finissent pas. Elsie Silver à un talent fou pour planter un décor. En quelques pages, tu sens l'odeur du foin fraichement coupe, tu entends les grillons et tu vois la poussière ocre qui se souleve sous les bottes. Ce n'est pas juste un cadre, c'est un personnage a part entière.
Au centre de cette histoire, il y a Cade Eaton. Un cowboy taiseux, un père celibataire qui eleve sa petite fille seul depuis que la mère a decide de disparaître du jour au lendemain. Cade est le genre de mec qui ne parle pas beaucoup mais dont chaque mot pese une tonne. Il porte le poids du monde sur ses épaules larges et ne demande jamais rien a personne, par fierté ou peut-être par peur de montrer ses failles. Il gere le ranch familial, il change les couches a quatre heures du matin, il prepare les biberons les yeux a moitie fermes. Et il ne se plaint jamais. Tu vois le genre ? Le genre de mec qui te donne envie de le secouer et de le serrer dans tes bras en même temps.
Et puis il y a Willa. Willa debarque a Chestnut Springs un peu par hasard, un peu par nécessité. C'est la meilleure amie du frère de Cade, ce qui complique évidemment tout. Elle est l'exact oppose de lui : bruyante, solaire, un peu chaotique. Elle dit ce qu'elle pense sans filtre, elle rit trop fort, elle prend de la place dans chaque piece ou elle entre. Et elle va s'installer chez Cade parce qu'elle n'a nulle part ailleurs ou aller. Proximité forcee, tension permanente, regards qui s'attardent une seconde de trop au-dessus de la table du petit dejeuner. Tu devines la suite, et pourtant le chemin pour y arriver est plein de surprises.
La tension entre eux monte lentement, comme un feu qui couve sous la cendre. Ils essaient tous les deux de résister. Cade parce qu'il ne veut pas compliquer sa vie déjà bien assez bordolique et qu'il a une petite fille a protéger. Willa parce que c'est le meilleur ami de son frère et que ça pourrait faire exploser toutes les relations qui comptent pour elle. Mais évidemment, on ne choisit pas qui on aime, et encore moins qui on desire. Et dans ce petit village ou tout se sait, leur secret ne va pas rester cache très longtemps.
Les personnages
Cade est un personnage magnifique dans sa simplicite. Ce n'est pas un milliardaire tourmente avec un penthouse a Manhattan, ce n'est pas un bad boy couvert de tatouages. C'est un père qui fait de son mieux chaque jour. C'est un homme qui a ete blesse par l'abandon et qui a choisi de transformer sa douleur en force silencieuse. Ce qui le rend absolument craquant, c'est la façon dont il est avec sa fille. Il est tendre, maladroit parfois quand il essaie de lui faire des tresses, drôle sans le vouloir quand il negocie l'heure du coucher. Quand il la regarde, tu sens tout l'amour du monde dans ses yeux fatigues. Et quand il regarde Willa de la même façon, sans même s'en rendre compte, ton cœur fait un bond.
Willa est un rayon de soleil ambulant. C'est le genre de personnage feminin qu'on adore parce qu'elle est profondement réelle. Elle doute de ses choix, elle fait des erreurs, elle a ses blessures qu'elle cache derrière son sourire eclatant. Elle n'est pas parfaite, et c'est exactement ce qui la rend attachante. Sa relation avec la petite fille de Cade est l'un des aspects les plus touchants du livre. Elle ne cherche pas a jouer un rôle, elle ne force rien, elle ne pretend pas être ce qu'elle n'est pas. Elle est juste elle-même, spontanee et lumineuse, et ça suffit amplement pour que cette enfant l'adopte.
La dynamique entre ces deux-la est électrique. C'est cette alchimie lente, ce jeu de regards appuyes et de frolements accidentels dans le couloir de la maison qui fait toute la beauté du roman. Ils se tournent autour, ils se provoquent sans le vouloir, ils se repoussent pour mieux se retrouver. C'est le meilleur ami du frère, c'est interdit, c'est complique. Et c'est exactement pour ça que c'est délicieux. Chaque scène ou ils sont seuls ensemble est chargee d'une tension que tu pourrais presque toucher.
Ce qu'on a aimé
La plume d'Elsie Silver d'abord, parce que c'est vraiment ce qui porte tout le roman. Cette femme sait écrire des dialogues comme personne dans le genre. Les échanges entre Cade et Willa sont drôles, piquants, charges de sous-entendus, parfois tendres a en pleurer quand on s'y attend le moins. Il y a une authenticite rare dans la façon dont ils se parlent qui te donne l'impression d'être assise dans la piece avec eux, de les observer en retenant ton souffle. Chaque réplique sonne juste, chaque hesitation est palpable. Chaque silence aussi est eloquent. Et puis il y a cette façon qu'elle a de decrire les émotions les plus complexes sans jamais tomber dans le pathos ou la surenchere sentimentale. Quand Cade realise enfin ce qu'il ressent pour Willa, ce moment où tout bascule dans sa tête et dans son cœur, c'est sobre, c'est puissant, c'est dévastateur dans sa simplicite. Pas besoin de grandes déclarations enflammees ni de monologues interieurs a rallonge. Juste un regard qui s'attarde, un geste protecteur, un mot murmure dans le noir de la cuisine quand tout le monde dort. J'ai savoure chaque mot de cette romance petillante. La chimie entre les deux héros est explosive et les scènes érotiques sont subtilement dosees, exactement comme il faut.
Ensuite, l'ambiance de Chestnut Springs. Ce petit village est un lieu où tu as envie de vivre, ou tu as envie de t'installer pour de bon. Elsie Silver reussit a créer un univers chaleureux, enveloppant, presque reconfortant, ou les personnages secondaires sont aussi attaches les uns aux autres qu'une vraie famille un peu dysfonctionnelle mais pleine d'amour. Les frères Eaton sont tous plus savoureux les uns que les autres, chacun avec sa personnalite bien trempee, ses vannes, ses failles. Tu refermes le livre en ayant l'impression de quitter des amis de longue date. Et ça, c'est le signe indiscutable d'un bon roman, celui qui te manque le lendemain matin.
Et puis il y a ces moments de grâce pure. Ces scènes ou tout s'arrête, ou le temps suspend son vol et ou tu retiens ton souffle sans même t'en apercevoir. Cade qui danse maladroitement avec sa fille dans la cuisine pendant que Willa les observe depuis le pas de la porte, les yeux brillants. Willa qui s'endort sur le canape après une longue journée et que Cade porte doucement jusqu'à son lit sans la reveiller, comme si elle était la chose la plus précieuse au monde. Ces petites choses, ces gestes du quotidien apparemment anodins qui disent l'amour tellement mieux que n'importe quel discours enflamme. C'est la ou Elsie Silver excelle véritablement, dans ces instants minuscules et lumineux qui te prennent à la gorge sans prévenir.
Le spice level
Parlons des choses serieuses. Le spice level de ce roman se situe a deux sur cinq, et c'est honnête. On est dans du tiede, du doux, du sensuel plutôt que du brûlant. Ne t'attends pas à des scènes torrides à chaque chapitre. Ce n'est pas le propos du livre. Ici, tout est dans la montée du désir, dans les regards charges d'electricite, dans les frolements qui electrisent la peau et font battre le cœur un peu trop vite. La tension sexuelle entre Cade et Willa est palpable bien avant qu'ils ne se touchent pour de vrai.
Quand les scènes intimes arrivent enfin, après cette longue et délicieuse attente, elles sont ecrites avec une certaine retenue élégante qui ne manque pourtant absolument pas de sensualité. C'est tendre, c'est intense, c'est respectueux et profondement émotionnel. Tu sens que ces deux-la se decouvrent autant physiquement qu'emotionnellement, que chaque baiser est aussi une confession. Ce n'est pas le genre de scènes qui te font rougir violemment dans le metro, mais plutôt celles qui te font sourire en coin, le cœur chaud, en pensant que oui, c'est exactement comme ça que ça devrait être entre deux personnes qui se desirent depuis si longtemps. Si tu cherches du contenu très explicite et des scènes qui montent a cinq sur cinq, ce n'est peut-être pas le livre qu'il te faut. Mais si tu aimes quand la sensualité est au service de l'émotion et quand chaque geste intime à un poids narratif, tu vas être servie.
Le petit bémol
La résolution du conflit principal m'a semble un peu trop facile et c'est vraiment le seul reproche que j'ai a faire à ce roman. Après des chapitres entiers de tension palpable, de doutes rongeants, de questionnements sinceres sur ce que le frère de Willa va penser, sur ce que la famille va dire, sur ce que tout le village va raconter derrière leur dos, tout se resout en quelques pages seulement. Comme si, d'un coup de baguette magique, tous les obstacles tombaient d'eux-mêmes et que tout le monde decidait de l'accepter sans broncher. J'aurais aime un peu plus de confrontation, un peu plus de resistance, peut-être une vraie scène d'affrontement qui rende la victoire finale encore plus savoureuse et meritee. C'est dommage parce que tout le reste du roman est si bien construit et si finement dose que cette résolution trop rapide fait un petit effet de douche froide. Pas assez pour gacher le plaisir de lecture, certainement pas, mais suffisamment pour laisser une pointe de frustration au moment de tourner les dernières pages.
Verdict final
Amour feroce est une romance qui fait du bien à l'âme. C'est le genre de livre que tu lis quand tu as besoin de croire que les belles histoires existent encore, que l'amour peut naître dans les endroits les plus improbables et entre les personnes les plus différentes. C'est doux, c'est chaleureux, c'est parseme de moments qui te serrent le cœur et te font monter les larmes aux yeux. Ce n'est pas un coup de foudre litteraire absolu, la résolution un peu trop lisse empeche le roman d'atteindre les sommets qu'il meritait et lui coute probablement une étoile dans ma notation, mais c'est un véritable coup de cœur malgre tout. Je le recommande chaleureusement a toutes celles qui aiment les romances de petites villes, les cowboys au grand cœur cache sous une carapace et les histoires ou l'amour naît du quotidien partage plutôt que du spectaculaire. Lis-le un dimanche pluvieux d'automne, sous un plaid bien chaud, avec un chocolat chaud fumant entre les mains. C'est exactement le contexte que ce livre merite.
Si tu as aimé, tu vas adorer
Si Amour feroce t'a plu et que tu veux prolonger le plaisir, plonge-toi dans Powerless d'Elsie Silver, le premier tome de la série Chestnut Springs qui te fera découvrir un autre frère Eaton et une autre histoire d'amour impossible tout aussi addictive. L'univers est le même, les personnages se croisent, et tu retrouveras cette ambiance de petite communaute soudee qui fait tout le charme de la série. Tu peux aussi tenter Things We Never Got Over de Lucy Score, qui partage exactement la même ambiance de petite ville americaine avec une héroïne solaire debarquee de nulle part et un grumpy hero absolument irrésistible malgre sa mauvaise humeur permanente. Et si tu veux rester dans l'univers des cowboys et des grands espaces, The Fine Print de Lauren Asher te plaira pour sa tension délicieuse et ses dialogues mordants, même si le cadre est un parc d'attractions plutôt qu'un ranch. Trois livres qui te feront le même effet garanti : ce sourire idiot colle sur ton visage a deux heures du matin alors que tu devrais dormir depuis longtemps.